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Votre association est-elle imposable ? Non-lucrativité, franchise et obligations en 2026

François CHOLEZ 20 avril 2026 15 min de lecture
Votre association est-elle imposable ? Non-lucrativité, franchise et obligations en 2026

C'est une idée reçue tenace : une association loi 1901 serait, par nature, exonérée d'impôts. C'est faux. Une association n'est pas automatiquement non imposable : son régime fiscal dépend directement de la nature de ses activités et du respect de critères précis posés par l'administration. Beaucoup de dirigeants associatifs l'ignorent, jusqu'au jour d'un contrôle.

Cet article fait le point, de façon complète et vérifiée, sur la frontière entre lucratif et non lucratif, sur la franchise des impôts commerciaux et son seuil revalorisé pour 2026, sur les six manifestations exonérées, sur la rémunération des dirigeants et sur les autres obligations de l'année. L'objectif : vous permettre de sécuriser votre gestion en connaissance de cause.

L'essentiel en une phrase : tant que votre gestion est désintéressée et que vos activités non lucratives restent prépondérantes, vos activités lucratives accessoires échappent aux impôts commerciaux dans la limite de 81 051 € de recettes en 2026, sans compter les six manifestations de bienfaisance.

I. Non-lucrativité et règle des 4P

Pour déterminer si une association est imposable, l'administration suit une méthode hiérarchique, issue d'une instruction de 1998, confirmée par une jurisprudence constante du Conseil d'État et reprise au Bulletin officiel des finances publiques. Une activité est considérée comme lucrative lorsque trois conditions sont réunies.

  • Une gestion non désintéressée. À l'inverse, la gestion désintéressée suppose des dirigeants bénévoles (sous réserve des tolérances de rémunération) et l'absence de distribution de bénéfices.
  • Une concurrence avec le secteur commercial. L'association exerce-t-elle une activité que des entreprises proposent aussi ?
  • Des conditions d'exercice similaires à celles des entreprises, appréciées selon la règle des 4P.

La règle des 4P compare l'association au secteur marchand sur quatre éléments : le Produit proposé et son utilité sociale, le Public visé (notamment les personnes ne pouvant accéder au marché), le Prix pratiqué (sensiblement inférieur, ou modulé selon les ressources), et la Publicité employée (un commerçant fait de la publicité, une association communique). Une étape préalable doit aussi être vérifiée : si l'association entretient des relations privilégiées avec des entreprises qui en tirent un avantage concurrentiel, elle est en principe lucrative pour l'ensemble de ses activités.

II. La franchise des impôts commerciaux

Une association peut exercer une activité lucrative accessoire sans perdre le bénéfice de l'exonération, grâce à la franchise des impôts commerciaux. Celle-ci est commune aux trois impôts (TVA, impôt sur les sociétés, contribution économique territoriale) et s'applique de plein droit, sans démarche ni option. Trois conditions cumulatives doivent être réunies.

  • La gestion doit rester désintéressée.
  • Les activités non lucratives doivent rester significativement prépondérantes.
  • Les recettes des activités lucratives accessoires ne doivent pas dépasser le seuil annuel.

Le seuil 2026. Revalorisé chaque année en fonction de l'inflation, le seuil s'établit à 81 051 € pour 2026, contre 80 011 € en 2025. Il s'apprécie par organisme, hors TVA, sur les recettes encaissées au cours de l'année civile. Ne sont pas comptées dans ce seuil les recettes des activités non lucratives, les cotisations, les revenus du patrimoine, les résultats des activités financières lucratives, ni les recettes des six manifestations de bienfaisance.

Un conseil pratique : tenir un suivi des recettes tirées des opérations lucratives accessoires, afin de savoir à tout moment si le seuil risque d'être franchi.

III. Les six manifestations de bienfaisance

Indépendamment de la franchise, une association peut organiser jusqu'à six manifestations de bienfaisance ou de soutien par an (bals, kermesses, concerts, ventes de charité, lotos) dont les recettes sont exonérées de TVA et d'impôt sur les sociétés. Point essentiel : ces recettes ne sont pas comptabilisées dans le seuil de franchise, et aucune limite de montant ne leur est applicable.

C'est un levier de financement précieux, particulièrement pour les associations sportives, culturelles et caritatives : une association peut organiser six événements générant chacun plusieurs milliers d'euros sans alourdir sa situation fiscale, à condition de respecter le cadre de ces manifestations.

IV. Quand l'association devient imposable

Lorsque les conditions ne sont plus réunies, deux situations très différentes se présentent.

  • L'imposition sur l'ensemble des activités. Si la gestion cesse d'être désintéressée, ou si l'activité lucrative devient prépondérante, l'association est imposable sur la totalité de ses activités, dans les conditions de droit commun.
  • La sectorisation. Si l'activité lucrative reste accessoire mais que ses recettes dépassent le seuil de franchise, l'association peut isoler ces activités dans un secteur distinct, qui sera seul soumis à l'impôt, sans contaminer l'activité non lucrative.

En matière d'impôt sur les sociétés de droit commun, les taux 2026 sont de 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice (sous conditions) puis 25 % au-delà. Par ailleurs, même non lucrative, une association reste imposée à un taux réduit sur ses revenus du patrimoine (loyers, certains dividendes). Du côté de la contribution économique territoriale, la composante CVAE est en voie de suppression, sa disparition étant prévue pour 2027, seule la CFE devant subsister à terme.

V. Rémunérer un dirigeant

La gestion désintéressée suppose en principe des dirigeants bénévoles, mais il existe des tolérances qui permettent une rémunération sans perdre la non-lucrativité.

  • Le mécanisme ouvert à toutes les associations. Chaque dirigeant peut percevoir une rémunération qui ne dépasse pas les trois quarts du SMIC, de l'ordre de 1 367 € brut par mois en 2026.
  • Le mécanisme réservé aux associations à ressources élevées. Les associations dont les ressources annuelles propres dépassent 200 000 € peuvent, sous des conditions plus strictes de transparence et de plafonnement, rémunérer un ou plusieurs dirigeants au-delà de cette limite.

Dans tous les cas, la vigilance s'impose : une rémunération mal encadrée, ou des avantages en nature non justifiés, peuvent être requalifiés en rémunération dissimulée et faire perdre à l'association son caractère non lucratif. Le remboursement des frais des bénévoles obéit lui aussi à des règles précises, pour éviter toute requalification.

VI. Les autres obligations 2026

  • La taxe sur les salaires. Elle est due par les associations employeuses non assujetties à la TVA. Les associations loi 1901 bénéficient d'un abattement, porté à 24 256 € pour la taxe due au titre des salaires de 2026.
  • La facturation électronique. À compter du 1er septembre 2026, toutes les associations fiscalisées, quelle que soit leur taille, devront être en mesure de recevoir des factures électroniques. L'obligation d'émission suivra selon un calendrier propre.
  • Le contrat d'engagement républicain. Toute association sollicitant une subvention publique ou un agrément doit le souscrire, et s'engager à respecter les principes de la République et l'ordre public, sous peine de retrait.

VII. Sécuriser sa gestion

La frontière entre lucratif et non lucratif n'est pas toujours intuitive, et les conséquences d'une erreur peuvent être lourdes : redressement, perte de l'exonération, voire requalification de l'ensemble des activités. Pour un dirigeant bénévole, souvent seul face à ces questions, l'enjeu est de bâtir une gestion claire et documentée, et d'anticiper plutôt que de subir.

C'est précisément l'objet de l'accompagnement du cabinet auprès des associations et des acteurs de l'économie sociale et solidaire : clarifier votre situation au regard de la non-lucrativité, sécuriser vos statuts et votre gouvernance, et vous aider sur vos obligations déclaratives et vos demandes de subvention.

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Conclusion

Le caractère non lucratif d'une association n'est jamais acquis d'avance : il se vérifie, activité par activité, au regard de la gestion désintéressée et de la règle des 4P. La franchise des impôts commerciaux, portée à 81 051 € en 2026, et les six manifestations exonérées offrent une marge de manœuvre appréciable, à condition d'en maîtriser les limites.

Le bon réflexe est de suivre ses recettes lucratives, d'encadrer rigoureusement toute rémunération, et de tenir à jour ses obligations déclaratives. En cas de doute sur votre situation, mieux vaut poser la question en amont que la découvrir lors d'un contrôle.

Sources officielles

Cet article s'appuie exclusivement sur des textes et publications officiels, vérifiés à la source.

  • Code général des impôts, article 261, 7-1° (franchise des impôts commerciaux et exonérations applicables aux organismes sans but lucratif)
  • Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP), doctrine sur la lucrativité des organismes sans but lucratif et mise à jour annuelle du montant de la franchise, bofip.impots.gouv.fr
  • Instruction fiscale 4 H-5-98 du 15 septembre 1998 (méthode d'appréciation de la lucrativité, règle des 4P) et jurisprudence du Conseil d'État
  • Loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 (contrat d'engagement républicain) et portail associations.gouv.fr

Cet article relève d'une information juridique au sens de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971. Le cabinet ne délivre pas de consultation juridique personnalisée. Les montants et seuils sont donnés à jour à la date de publication ; ils sont revalorisés chaque année.

Questions fréquentes

Une association loi 1901 paie-t-elle des impôts ?

Pas automatiquement. Une association loi 1901 n'est pas exonérée par principe : son régime fiscal dépend de la nature de ses activités. Si sa gestion est désintéressée et qu'elle n'exerce pas d'activité lucrative au sens fiscal, elle échappe aux impôts commerciaux. Dès lors qu'elle exerce une activité lucrative, elle peut y être soumise, selon la règle des 4P.

Qu'est-ce que la règle des 4P ?

C'est la méthode de l'administration pour apprécier le caractère lucratif d'une activité. Une activité est lucrative si la gestion n'est pas désintéressée, si elle concurrence le secteur commercial, et si elle est exercée dans des conditions similaires à celles des entreprises, appréciées selon quatre critères : le Produit proposé, le Public visé, le Prix pratiqué et la Publicité utilisée.

Quel est le seuil de la franchise des impôts commerciaux en 2026 ?

Pour 2026, le seuil de recettes lucratives accessoires en dessous duquel une association à gestion désintéressée échappe aux impôts commerciaux s'établit à 81 051 € (contre 80 011 € en 2025). Ce seuil est revalorisé chaque année. La franchise est commune à la TVA, à l'impôt sur les sociétés et à la contribution économique territoriale, et s'applique de plein droit.

Les six manifestations de bienfaisance comptent-elles dans le seuil ?

Non. Les recettes des six manifestations annuelles de bienfaisance ou de soutien sont exonérées de TVA et d'impôt sur les sociétés, et ne sont pas comptabilisées dans le seuil de la franchise. Aucune limite de recettes ne s'applique à ces manifestations : c'est un outil de financement très utilisé par les associations sportives, culturelles et caritatives.

Quand mon association devient-elle imposable ?

Dans deux cas. Si la gestion n'est plus désintéressée ou si l'activité lucrative devient prépondérante, l'association est imposable sur l'ensemble de ses activités. Si l'activité lucrative reste accessoire mais que ses recettes dépassent le seuil de franchise, l'association peut isoler ces activités dans un secteur distinct, qui sera seul imposé.

Peut-on rémunérer un dirigeant d'association ?

Oui, sous conditions, sans remettre en cause la non-lucrativité. Un premier mécanisme, ouvert à toutes les associations, permet de verser à chaque dirigeant une rémunération qui ne dépasse pas les trois quarts du SMIC, de l'ordre de 1 367 € brut par mois en 2026. Un second mécanisme, plus encadré, est réservé aux associations dont les ressources annuelles dépassent 200 000 €.

Mon association est-elle concernée par la facturation électronique ?

Si elle est fiscalisée, oui. À compter du 1er septembre 2026, toutes les associations fiscalisées, quelle que soit leur taille, devront être en mesure de recevoir des factures électroniques. L'obligation d'émission interviendra ensuite selon un calendrier propre. Une association non fiscalisée n'est, en principe, pas dans le champ de cette obligation.

Qu'est-ce que le contrat d'engagement républicain ?

C'est un engagement, issu de la loi du 24 août 2021, que toute association doit souscrire pour obtenir une subvention publique ou un agrément de l'État. L'association s'engage notamment à respecter les principes de liberté, d'égalité, de fraternité et de dignité de la personne humaine, ainsi que l'ordre public. Le non-respect peut entraîner le retrait de la subvention.

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